Transcription du webdoc Partir

 

1. Nadine se presente

2.Bel endroit pour se revoir

2.2 Média+ : Aéroport de Paris-Charles de Gaulle

3. Partir, ça veut dire…

3.1 Média+ : Marie Bonaparte et la psychanalyse

3.2 Média+ : Marie Bonaparte et la bibliothèque Sigmund Freud

4. Nadine fait son cinéma

4.1 Média+ : Subway de Luc Besson (1985)

4.2 Média+ : Carrière de Juliette Binoche

5. Une comédienne à Paris

5.1 Média+ : Le travail d’acteur

5.2 Média+ : Ruy Blas à la Comédie-Française

6. Le Québec à Paris

6.1 Média+ : L’Envol, café québécois

6.2 Média+ : Le Centre culturel canadien

7. Ses brasseries préfèrées

8. Les ors de la République

8.1 Média+ : La Mairie de Paris et les Parisiens

8.2 Média+ : La Commune

9. La révolution Yves Saint Laurent

9.1 Média+ : Défilé de 40 ans de création YSL

10. Les lumières de la ville

 

NADINE SE PRÉSENTE

Dans l’appartement de Nadine Girard. Nadine est une jeune femme aux yeux bleus, elle a des cheveux longs et bruns. Sa bibliothèque est remplie de livres sur le théâtre. Sur une étagère, à côté d’un masque de la commedia dell’arte, une photo en noir et blanc de Nadine lisant un livre.

Une voix masculine : Nom.

La voix de Nadine : Girard.

Une voix masculine : Prénom.

La voix de Nadine : Nadine.

Une voix masculine : Profession.

La voix de Nadine : Comédienne.

Une voix masculine : Vit en France depuis…

La voix de Nadine : 1994.

Atelier : Qui suis-je ?(niveau débutant)

 

BEL ENDROIT POUR SE REVOIR

Le hasard existe-t-il ?
Si oui, il fait bien les choses !
À son arrivée à Paris, où Nadine ne connaît personne, elle fait une agréable rencontre sur les Champs Élysées…

Aéroport de Paris-Charles de Gaulle.Nadine tire sa valise dans le parking. En voix hors-champ, des messages d’annonce automatique : « Bienvenue dans les parkings de l’aéroport Paris-Charles de Gaulle. »  « Vous êtes à l’arrêt : Terminal 2B ». « Monsieur ou Madame Guillon, Monsieur ou Madame Guillon est prié(e) de se présenter au comptoir d’enregistrement ».

La voix de Nadine : J’suis arrivée à Paris en 1994. Après avoir visité la ville, euh, il se trouve que le soir sur les Champs-Élysées, je croise mon ami québécois qui habite à Montréal, mon ami Charles. Cette ville me souhaitait la bienvenue à sa façon !

Des voitures circulent autour de l’Arc de triomphe. Des passants se promènent le long des vitrines des Champs-Élysées. Charles, un homme d’une quarantaine d’année, cheveux bruns, se tient sur le rond-point de l’Arc de triomphe.

Charles : J’suis allé comme ça un peu euh, nonchalamment disons, euh, sur les Champs, pis euh, j’marchais, j’descendais, et juste, là-bas à peu près, là, où y a la la pharmacie, j’tombe sur… Nadine ! Et euh, c’était un peu bizarre parce que, bon à Montréal, qui est probablement plus étendue que Paris en terme de de de superficie, euh, on rencontre souvent les mêmes personnes parce que euh finalement on fréquente à peu près les mêmes endroits mais à Paris, tu te dis, c’est impossible que je tombe sur quelqu’un. Et le seul rendez-vous que j’avais en France avec quelqu’un que je connaissais euh, c’était Nadine, et euh, et j’tombe sur elle trois semaines avant sur les Champs. C’qui est drôle, c’est que, c’est qu’j’me souviens, c’est après, pendant les deux semaines où j’étais à Paris, avant de la recroiser, euh, j’avais toujours le, la sensation que je la recroiserais partout où j’allais !

Nadine et Charles sont assis côte à côte sur un banc des Champs-Élysées.

Charles : J’me baladais sur l’avenue,

Nadine : Le cœur ouvert à l’inconnu,

Charles : J’avais envie de dire bonjour à n’importe qui euh…

Nadine : N’importe qui et ce fut toi, et j’t’ai dit n’importe quoi ! Il suffisait de s’parler pour…

Charles : Pour s’apprivoiser hein ?

Nadine : Ouais.

Charles : Ah les Champs-Élysées !

Nadine : Ah padabadabap !

Charles : Les Champs-Élysées

Nadine : Padapadababap !

Charles : Au soleil, sous la pluie,

Ensemble : À midi, ou à minuit,

Nadine : Il y a tout c’que vous voulez aux Champs-Élysées.

Charles : Ouais, ouais, ouais.

Nadine et Charles s’éloignent sur les Champs-Élysées en se tenant par le bras.

 

Media+ : Aéroport de Paris-Charles de Gaulle

En 2004, le plus grand aéroport de France fête ses 30 ans. Le journal télévisé consacre un sujet à l’histoire de l’aéroport Paris-Charles de Gaulle.
Archive INA, 8 mars 2004.

Le présentateur : Roissy-Charles de Gaulle… 30 ans de vol et des… plein de projets d’extension. L’un des 3 grands aéroports d’Europe a vu passer 48 millions de passagers l’an dernier. Roissy, c’est une véritable ville qui continue de s’étendre d’ailleurs, une entreprise de 75 000 salariés. David Boerie.

Commentaire reportage : Aujourd’hui, l’aéroport de Paris met en service une nouvelle plate-forme, qui en hommage au grand français disparu, a été baptisée Aéroport Charles de Gaulle.

Pierre Messmer, le premier ministre de l’époque, ouvre la cérémonie d’inauguration de l’aéroport.

Commentaire reportage : Le 8 mars 74, l’inauguration officielle de l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle. Un aéroport ultra moderne, une révolution à l’époque dans le transport aérien français. Quelques jours plus tard, les tous premiers passagers débarquant de New York sont impressionnés.

Un passager du premier vol vient de débarquer.

Le passager : On a le sentiment d’arriver à Chicago ou à New York…

Un autre passager : Pour l’instant, je n’ai pas une vue complète de l’aéroport mais j’espère qu’il est bien puisque c’est une réalisation française.

Commentaire reportage : Le chantier a été en tout cas titanesque pour construire en plein milieu des champs un aéroport international. Huit ans de travaux seront nécessaires, des tonnes de bétons et de ferraille, résultat une première piste et une aérogare avec de nombreuses innovations.

Claude Bonnet travaille au bureau de calculs aéroports de Paris.

Claude Bonnet : Cette installation avait quelque chose de complètement atypique par rapport à ce que tout le monde faisait jusqu’à l’époque. Quand on y pense, ne serait-ce que mettre les voitures sur le toit ? C’était à la fois une aérogare complètement atypique et qui était bourrée de technologies qui étaient en plein de développement à l’époque.

Commentaire reportage : Un bâtiment entièrement circulaire, conçu pour raccourcir les distances, on le surnommera très vite le camembert.

Paul Andreu, architecte, est assis à son bureau couvert de plans et de travaux.

Paul Andreu : Pratique pour les champs, recevoir les grands avions. Et donner tout de suite une impression de… de… de… de grandeur, de taille à cet aéroport qui était nouveau. D’manière que les gens comprennent tous, compagnies et passagers, que c’était ça l’avenir.

Commentaire reportage : Et en 30 ans, Roissy n’a jamais cessé de s’agrandir. Construction de nouveaux terminaux et de  nouvelles pistes. Pour devenir aujourd’hui l’un des plus grands aéroports européens.

René Brun est le directeur de l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle.

René Brun : Alors y a trente ans, Roissy c’était une aérogare, l’aérogare numéro 1, et une piste pour la desservir, et à peu près 6 millions de passagers par an. Aujourd’hui au lieu d’une aérogare nous en avons 8, il y a 4 pistes, 50 millions de passagers.

Commentaire reportage : 130 000 passagers par jour, près de 1400 mouvements d’avion et près de 80 000 emplois autour de Roissy. Et la plate-forme n’a toujours pas fini de s’étendre.

 

Atelier : Aux Champs-Élysées…(niveau élémentaire)

Atelier : Bienvenue à bord !(niveau débutant)

 

 

PARTIR, ÇA VEUT DIRE…

Intriguée par la maxime d’Alphonse Allais « Partir, c’est mourir un peu et mourir, c’est partir beaucoup », Nadine se rend à la bibliothèque Sigmund Freud, un lieu méconnu de Paris dans le Quartier latin.
Une psychothérapeute l’attend pour répondre à ses interrogations.

À l’intérieur de la bibliothèque Sigmund Freud. Nadine et Mélanie Girard, une jeunepsychothérapeute aux cheveux châtains clairs ramassés en arrière, sont installées à une table devant des cahiers de note ouverts.

Nadine : Y a une citation d’Allais qui m’interpelle qui dit euh « Partir, c’est mourir un peu, et mourir c’est partir beaucoup. »

Mélanie Girard : D’une certaine manière, partir, c’est… peut vouloir dire quitter l’immobilisme, le familier, pour aller vers quelque chose qu’on suppose étranger à soi. Y a aussi l’idée de, d’un état frontière euh qui mêle la, le risque de perte, et aussi son dépassement. Partir c’est mourir, donc c’est accepter aussi l’idée que, que quelque chose en soi meurt, pour renaître euh pour aller vers quelque chose euh, éventuellement, en devenir.

Nadine : Mais y a forcément quelque chose en soi qui meurt quand on part ?

Mélanie Girard : C’est c’que la citation euh semble nous dire, mais l’irrémédiable de la mort est est atténué par le « un peu », et suggère euh, heureusement un, un éternel recommencement et un renouveau.

Mélanie Girard : On peut tous se sentir déraciné sans forcément partir, euh… Tout dépend de, encore une fois de c’qu’on laisse, du « pourquoi part-on ? » finalement, qu’est-ce qu’on quitte à ce moment-là ? Euh… ça, c’est intéressant d’se pencher sur son histoire, c’est, c’est bien souvent là qu’on, qu’on y trouve les clés.

Nadine : On peut se sentir déraciné en ne partant pas ?

Mélanie Girard : Oui.

Nadine : Comment ?

Mélanie Girard : Par rapport à, à plein d’choses, à son environnement, à c’qui fait que… qu’on est… qu’on se sent étranger à la situation, à un moment donné, et qu’on, qu’on veut la fuir.

Nadine : La vie choisit un pays en fait. J’ai, j’ai… Moi je pense que ma vie m’attendait, tapie quelque part à Paris, en fait. Et, c’était très flagrant pour un… pour un ami que j’ai vu débarquer et qui qui… Sa vie a radicalement changé euh, c’était quelqu’un d’plutôt timide, un peu sauvage, et, j’l’ai vu arriver à Paris, rencontrer euh une parisienne, euh… se marier, faire un enfant… Et sa vie a totalement changé euh…

Mélanie Girard : Le départ lui a permis d’exploser l’carcan qui l’emprisonnait là où il était, et ça a été la rencontre euh pas uniquement finalement d’un, d’une ville mais aussi de, une rencontre avec lui, avec une part de lui qui….

Nadine : Oui, avec sa vie !

Des photographies se succèdent, souvenirs du passé de Nadine : en voyage, petite, avec ses parents sur une plage, adolescente.

La voix de Nadine : Pour moi partir, c’est…

La voix de Mélanie Girard : Ça peut être mourir un peu pour…

La voix de Nadine : Découvrir, c’est vivre, c’est…

La voix de Mélanie Girard : Oui pour mieux renaître. C’est bien illustré par le voyage initiatique finalement. C’est le risque de la mort pour renaître à un autre état. C’est un passage, c’est l’idée d’passage, des petites morts, pour aller vers autre chose. Mais au fond la vie ce n’est que ça.

 

 

Media+ : Marie Bonaparte et la psychanalyse

Comment Sigmund Freud a-t-il changé la vie de Marie Bonaparte ? Les explications de Cécile Marcoux, directrice de la bibliothèque Sigmund Freud.
TV5MONDE, 2011.

À l’entrée de la bibliothèque Sigmund Freud. Nadine Girard est accueillie par Cécile Marcoux, la directrice, une femme d’une quarantaine d’années aux cheveux châtains.

Cécile Marcoux : Bonjour.

Nadine : Bonjour, Nadine Girard.

Cécile Marcoux : Cécile Marcoux, enchantée…

Nadine : Merci.

Cécile Marcoux : Directrice de la bibliothèque, je vous en prie, entrez !

Les deux femmes feuillètent des livres de Freud dans la bibliothèque.

Voix de Cécile Marcoux : Marie Bonaparte, oui c’est une princesse, effectivement, c’est une riche héritière, sa mère meurt quasiment à sa naissance, et il y a toute une histoire autour de l’héritage qui est à la fois une chance et… quelque chose de très lourd à porter. Dès qu’elle a 18 ans et qu’elle commence à prendre un peu d’autonomie, elle commence à fréquenter un peu les cercles littéraires parisiens. Elle est très demandeuse en fait… elle est très intelligente : elle parle couramment anglais, allemand, euh… grec euh… Elle fait son analyse en allemand avec Freud. Elle traduit les œuvres de Freud ! Ça aussi, c’est une partie importante de son rôle dans la transmission de la psychanalyse en France. Elle est entière… Quand elle va voir Freud, c’est vraiment quelqu’un qui est hum… euh… dans un grand désespoir, et probablement, quand même grâce à lui et sa rencontre avec lui, elle va… elle va être sauvée. Et de ça je pense qu’elle euh… elle va le remercier, d’abord parce que la psychanalyse ça va être une découverte pour elle, elle va enfin comprendre des tas de choses qu’elle euh… qu’elle imaginait mais sans vraiment mettre de théorie, et tout d’un coup ça va être pour elle une grande révélation. Et elle va se dire, mon… voilà, mon rôle à moi, c’est d’amener la psychanalyse en France, et pour ça j’ai de l’argent. J’ai l’énergie pour le faire, j’ai les connaissances, donc je me lance là-dedans. Et c’est vrai qu’quand elle fait une chose, elle le fait… à fond.

 

 

Média + : Marie Bonaparte et la bibliothèque Sigmund Freud

Sur les traces de Sigmund Freud à Paris. Cécile Marcoux, directrice de la bibliothèque Sigmund Freud raconte l’histoire de cette bibliothèque.
TV5MONDE, 2011.

Une photo de la princesse Marie Bonaparte âgée côtoie le portrait du père de la psychanalyse, Sigmund Freud.  

La voix de Cécile Marcoux :Àla suite de son analyse quand elle revient en France et qu’elle essaye de monter quelque chose pour que la psychanalyse soit enseignée en France donc elle fonde cette société. Elle crée la revue française de psychanalyse. Tout de suite après, en 1927, et dans le même temps cette association, elle est faite pour promouvoir la psychanalyse en France mais aussi pour former de futurs psychanalystes. Donc très très vite se… s’installe l’idée qu’il faut un institut de formation pour transmettre la psychanalyse aux futurs analystes. Et donc dans cette cité-là, qu’est ce qui faut ? Il faut un outil aussi, donc une bibliothèque… Donc la première bibliothèque de psychanalyse est fondée en même temps que l’institut et c’est en 1934… c’est quelques livres sur des étagères… À l’époque la société elle est boulevard Saint-Germain, et il y a une petite bibliothèque qui s’installe financée tout comme la société d’ailleurs et la revue… financée en grande partie par Marie. Et ensuite la guerre 1939, les psychanalystes sont dispersés dans le monde entier, beaucoup fuient Paris et la France.

Il y en a certains qui restent mais ils ont assez peu d’activité et toutes les archives malheureusement disparaissent, y compris cette bibliothèque qui devait comporter je dirais 200, 300 livres à l’époque. Après la guerre donc les psychanalystes reviennent, se fait sentir de nouveau l’idée de rassembler ces personnes et de… de remonter la société psychanalytique de Paris et donc ça se refait progressivement et petit à petit, et de nouveau se recrée un institut de psychanalyse pour la formation des futurs analystes et avec ça aussi une bibliothèque. C’est la première fois qu’on voit mentionnée l’existence de la bibliothèque à partir de 1954. En fait la société psychanalytique de Paris et l'Institut sont deux entités différentes, jusque dans les années 70, et la bibliothèque appartient à l’institut de psychanalyse, donc est vraiment dédiée à la formation des futurs analystes. Marie Bonaparte décède en 1962 et elle donne sa propre bibliothèque à l’Institut. Àl’époque il y a environ 5000 livres en tout et pour tout et cette bibliothèque ne s’adresse qu’aux euh… membres et analystes en formation de la société. Petit à petit, le fonds va s’étoffer, ils vont donner de l’argent et toujours plus d’argent pour acheter des livres, beaucoup de livres vont arriver aussi, parce qu’il y a le legs de Marie Bonaparte mais après il y a d’autres legs… Alors il faut savoir aussi que les publications psychanalytiques à partir de 33 en Allemagne elles sont interdites. Donc les livres du Verlag, la maison d’édition de Freud, sont brûlés, toutes les bibliothèques des psychanalystes, soit autrichiens soit allemands disparaissent : alors sont soit détruites soit elles disparaissent et on ne les retrouve pas ce qui fait qu’il y a un certain nombre de documents originaux que nous sommes les seuls à avoir sauf au Museum Freud à Londres parce que quand Freud quitte Vienne en 1938, Marie Bonaparte paye la rançon aux nazis pour qu’il puisse sortir, elle a aussi organisé le déménagement de tout l’appartement de Freud, de toutes ses collections d’antiques. Au niveau historique, cette bibliothèque euh… c’est quasiment la seule euh… en tout cas en Europe parce qu’elle comprend euh… l’histoire de la psychanalyse des débuts jusqu’à quasiment aujourd’hui avec un, je dirais, un taux d’exhaustivité qui est proche de 80% quoi.

Atelier : Portrait d'une princesse(niveau moyen)

Atelier : Partir ?(niveau avancé)

 

 

NADINE FAIT SON CINÉMA

Les films français ont fait rêver Nadine et ont décidé de sa vocation d’actrice. Parmi eux : Les Amants du Pont-Neufde Leos Carax.
Nadine, sur le célèbre pont de Paris, reprend le monologue interprété par Juliette Binoche…

Nadine fait claquer un clap de cinéma où s’inscrit le titre du film. Elle porte de grosses lunettes de soleil.

Nadine : Vous savez dire que ça : « Partir ». Si j’suis ici sur ce vieux pont c’est parce que… J’ai mes raisons. Partir où ? Avec mes yeux qui marchent plus… Si j’essaye de peindre, y a cet œil-là qui sort d’ma tête, comme un escargot. A midi j’suis allée au musée là-bas, voir un tableau au deuxième étage. J’voulais l’revoir avant d’plus rien voir. Mais au-dessus ils ont foutu un tube électrique qui brûle l’œil ; ça fait trop mal, j’ai pas pu le regarder. Partir, vous m’les cassez avec vos « partir »…

Une péniche passe sous le Pont-Neuf.

 

 

Media+ : Subway de Luc Besson(1985)

Nadine interprète le rôle d’Isabelle Adjani, dans une scène du film Subway.
TV5MONDE, 2011.

Nadine : T’es content hein ? T’es fort. J’suis qu’une pauvre gamine enchaînée à Monsieur « gros plein d’fric ». Tu m’étouffes, Monsieur « gros plein de fric ». Tu m’écrases… de l’air ! Tu vois, j’t’ai même pas trompé cette nuit. J’ai même pas eu envie d’te tromper. C’que j’en ai marre de ta vie, tes combines, tes sourires… même de ton fric j’en ai marre !

 

Media+ : La carrière de Juliette Binoche

Juliette Binoche en pleine lumière. L’actrice obtient en 1997 l’Oscar du meilleur second rôle féminin dans le film Le patient anglais. Le journal télévisé retrace les moments forts de son parcours.
Archive INA, 25 mars 1997.

Le présentateur : Alors, la nouvelle fierté du cinéma français, Juliette Binoche a 33 ans. Après le conservatoire de Paris, elle se fait connaître dans Je vous salue Marie de Jean-Luc Godard, ensuite de L’insoutenable légèreté de l’être jusqu’auPatient anglais. Il n’y a pas de fausses notes dans sa carrière. Carrière retracée par Thierry Hay.

Commentaire reportage : Elle en a fait du chemin Juliette, depuis son arrivée discrète sur les plateaux de cinéma après ses études au conservatoire. Un rendez-vous avec Téchiné et puis Godard. Sur ces images, elle apparaît dansL’Insoutenable légèreté de l’être de Philippe Kaufman. C’est vrai, elle a une bouille, un regard sur les choses et elle est prête à s’accrocher. Quand elle veut, elle veut.

Sa force, déjà pouvoir passer inaperçu presque banale, et être capable l’instant d’après d’avoir l’air d’une princesse. Leos Carax ne s’y est pas trompé. Il lui offre les feux de l’amour et un film ambitieux : Les Amants du Pont-Neuf.

Sensible à la peinture, Juliette Binoche, accompagnée du réalisateur Krzysztof Kieslowski, contemple des tableaux.

Commentaire reportage : Kieslowski remarque sa sensibilité, elle qui est passionnée de peinture et multiplie les couleurs, tourne Bleu. Pour ce faire, elle refuse Jurassic Park de Spielberg, elle a raison, elle obtiendra un César en 94. C’est Louis Malle qui trouvera le mot juste, affirmant qu’elle vit une histoire d’amour avec la caméra.

Extrait du film Fatalede Louis Malle.

L’acteur Rupert Graves : I’ve just ask Ana to marry me and… I’m pleased to say she said « Yes ».

Commentaire reportage : Pour lui, elle joue Fatale. La femme enfant est devenue une femme de caractère capable de se transformer en garce incapable de résister à l’amour tout comme les caméras sont incapables de lui résister. Le public, lui, craque de plus en plus pour ce petit bout de femme. Sa côte de sympathie augmente tandis que le hussard monte sur le toit avec Rappeneau, grande histoire pour grande actrice.

Extrait du film Le Hussard sur le toitde Jean-Paul Rappeneau.

Juliette Binoche : Vous avez quel rang d’officier ?

L’acteur Olivier Martinez : Je suis colonel.

Juliette Binoche : Colonel ? (rires) Ça existe des colonels de votre âge !

L’acteur Olivier Martinez : Oui, en Italie.

Juliette Binoche : Merci de votre aide, c’est une chance de vous avoir rencontré.

Commentaire reportage : De film en film, elle devient de plus en plus anglo-saxonne, elle parle l’anglais couramment. Et cela a dû aussi compter cette nuit. Cette fille de comédien obtient donc un célébrissime Oscar pour Le Patient anglais.

Juliette Binoche : Moi, ce que j’ai essayé à travers ce film, c’est de montrer la lumière à travers un personnage.

Commentaire reportage : C’est vrai, Juliette Binoche est un être de lumière, ce n’est donc pas étonnant si maintenant, tous les feux de la rampe sont sur elle.

 

Atelier : Métro, c'est trop !(niveau moyen)

Atelier : J'vois plus rien(niveau moyen)

 

UNE COMÉDIENNE A PARIS

Comme toute profession, le métier de comédien s’apprend.
Mais où ?
Nadine remonte dans son passé et vous fait rencontrer son premier professeur d’art dramatique.

Nadine : Lorsque je suis arrivée à Paris, c’est dans les jardins du Palais-Royal, à deux pas de la Comédie-Française que j’apprenais mes scènes de théâtre.

Dans les jardins du Palais-Royal, Nadine lit un livre, assise sur une colonne de Buren.

Nadine : J’étais alors élève à l’école Claude Mathieu. Et j’me baladais en rollers. On part faire un tour dans mon passé ? Direction, le XVIIIe arrondissement !

Nadine s’éloigne en rollers. Elle arrive devant l’entrée d’un immeuble. Une plaque indique École Claude Mathieu. Elle est accueillie à bras ouverts par un homme d’une soixantaine d’années.

Nadine : Bonjour Claude !

Claude Mathieu : Heureux d’vous voir comme on dit dans les vieux westerns. Heureux d’vous voir.

Nadine : Ça va ?

Claude Mathieu : Très bien et toi ?

Nadine : Oui très bien

Claude Mathieu : T’es toujours aussi lumineuse.

Nadine : Merci.

Claude Mathieu s’est installé avec Nadine dans son bureau peuplé de photographies de comédiens célèbres : Gérard Philippe,Laurent Terzieff, Yvonne Printemps et Pierre Fresnay.

Nadine : Cet apprentissage chez Claude Mathieu, ça a été des rencontres, des belles rencontres, des professeurs qui travaillent, avec qui j’ai travaillé dans le métier, par la suite. Euh donc comme quoi cet apprentissage a servi à, et me sert toujours, à mon métier. Euh, « le comédien vaut l’homme, tant vaut l’homme tant vaut le comédien », on en a parlé tout à l’heure. C’est une phrase qui me revient toujours, et qui m’est chère.

Claude Mathieu : Ben elle est essentielle parce qu’elle touche à l’essence même de la chose.

Nadine : Exactement.

Claude Mathieu : Comment peut-on faire un comédien qui soit totalement séparé de l’homme qui est derrière ? C’est impossible ! Quand on choisit un mari y a un monsieur d’abord puis il devient éventuellement un mari, un bon ou un mauvais mari mais y a l’homme derrière et comment est-il ? Comment fonctionne-t-il ?

Nadine : Puis on reconnaît la patte des élèves de l’école Claude Mathieu.

Claude Mathieu : À quoi ? Ah ben, à quoi ?

Nadine : Dans, dans le métier, on m’dit « ah ! ben oui t’as fait Claude Mathieu, ben oui bien sûr ».

Claude Mathieu : Je peux vous parler de cette école qui se veut une école d’abord humaniste, d’abord sur l’être humain, sur la simplicité, la modestie de l’artisanat. Par conséquent peut-être si les élèves de l’école Claude Mathieu se, se distinguent de tels ou tels autres, c’est d’abord qu’ils ne – employons un mot de métier – ils ne se la pètent pas ! Comme l’on dit élégamment, ils ne se prennent pas au sérieux, ils ne se prennent pas la tête.

Nadine : Quand on est comédien on va là où on est appelé en fait. Moi en sortant de l’école Claude Mathieu euh j’ai eu la chance d’avoir un agent, j’ai eu la chance d’avoir des contrats, des metteurs en scène qui sont venus me voir à la promotion, au spectacle de promotion, à l’audition professionnelle et j’ai été appelée pour, tout de suite du théâtre contemporain. Voilà.

Sur un panneau mural, une citation de Louis Jouvet est affichée en gros caractères : « Le comédien vaut l’homme, et tant vaut l’homme, tant vaut le comédien – Louis Jouvet ».

Claude Mathieu : Cette phrase qu’est-ce qu’elle veut dire ? Ça veut dire que le comédien va finir par ressembler à l’homme qui est derrière, c’est pour ça que dans l’école on cherche d’abord à faire, à mûrir des êtres humains et puis après on voit si on peut, par ailleurs, les transformer en comédiens.

Claude Mathieu feuillette un portfolio de ses élèves. Il s’arrête sur la photographie en noir et blanc de Nadine.

Claude Mathieu : Voilà, mademoiselle Nadine Girard.

Dans la salle de répétition, Claude Mathieu est assis sur une chaise, au milieu de la scène. Il lit un passage de Phèdre, la célèbre tragédie (en alexandrins) de Jean Racine (Acte V, Scène 6). Les élèves, assis en tailleur sur le sol autour de lui, prennent des notes.

Claude Mathieu : Un dieu qui d'aiguillons pressait leur flanc poudreux.
A travers des rochers la peur les précipite.
L'essieu crie et se rompt : l'intrépide Hippolyte
Voit voler en éclats tout son char fracassé ;
Dans les rênes lui-même, il tombe embarrassé.
Excusez ma douleur.

 

Media+ : Le travail d’acteur

Devenir acteur… un rêve ? Claude Mathieu, directeur d’une école de théâtre, présente sa vision de ce métier.
TV5MONDE, 2011.

Claude Mathieu, le directeur d’une école de formation de l’acteur est dans son bureau. Cet homme d’une soixantaine d’années affiche un large sourire et évoque avec passion sa vision du métier d’acteur.

 

Claude Mathieu : Le langage de théâtre est un… est un langage verbal, bien sûr qu’il y a le mime, y a Bob Wilson, y a la danse mais le théâtre surtout en Occident et particulièrement en France avec le patrimoine euh… dramatique et culturel que nous avons c’est un théâtre de texte. Or, le fait d’apprendre et si je travaille sur Racine et Claudel, c’est qu’ce sont des textes très difficiles donc extrêmement formateurs. Je dirai que c’est une vitamine de base pour le bébé comédien et qu’une fois qu’il a réussi plus ou moins facilement, plus ou moins bien à vaincre ces difficultés-là, le reste va lui être beaucoup moins difficile. Parce que de toute façon, toute langue de théâtre est une langue difficile et en tout cas étrangère à l’acteur. Vous me parliez du théâtre contemporain, les grands auteurs, et y a encore de grandes écritures contemporaines, il y en a peut-être pas autant que… encore que… les siècles ont fait leur tri mais y a des tas de contemporains de Racine et de Claudel qui ont complètement disparu et on garde ceux-là. On gardera j’espère Bernard-Marie Koltès, comme un grand écrivain dramatique de cette époque, de ce siècle passé. On gardera, je pense, je l’espère en tout cas, Jean-Luc Lagarce et quand on examine par exemple ces deux grands auteurs contemporains… ou Jean-Claude Grumberg… On s’aperçoit qu’ce sont des écritures qui, naturellement sont beaucoup moins loin de notre époque et de notre langage aujourd’hui que Corneille ! Évidemment ! Mais ce sont quand même des langues étrangères pour les… les… les jeunes comédiens qui ne s’expriment pas. Y a toujours un rapport au texte qui est un rapport différent de notre langage à nous, et quel que soit le texte, que ce soit pour le cinéma d’Audiard, que ce soient pour Koltès ou Lagarce, si vous… vous approchez ce texte et  vous le lisez, vous vous aperçoit… vous vous apercevez qu’il a l’air très contemporain et en même temps il vous demande un travail d’interprète. Que ça ne peut pas se dire exactement comme ce que nous sommes en train de faire là. Y a… y a un style, y a une écriture, y a un rythme qu’il faut apprendre, qu’il faut découvrir. Il est moins apparent que dans les vers de Racine à l’évidence mais il existe autant. Et je pense que d’ailleurs c’est une chose que je me suis euh… dont je me suis rendu compte y a pas tellement d’années. Voyez qu’on apprend à tous les âges… c’est que le métier de comédien, s’appelait, dans la nomenclature des métiers en France, le métier de comédien c’est artiste interprète. Et qu’un artiste d’interprète, ça veut dire qu’il est chargé d’interpréter. Le théâtre, vous donnez à quel… à un spectateur une page de Corneille ou une page de Claudel, il est incapable de comprendre c’est une langue complètement étrangère. À partir du moment où un acteur est capable de le lui interpréter, de la lui rendre vraie, vivante, en sachant la respirer… ah ben c’est pas difficile… Ah mais j’ai tout compris. Et beaucoup de publics sont étonnés d’avoir compris une chose dont ils pensaient que… qu’elle leur était hermétique.

Deux jeunes comédiens répètent une scène de Phèdre.

Un jeune comédien : Je hais, jusqu’au… jusque… je hais jusques aux soins dont m’honorent les dieux.

Et je m’en vais pleurer leurs faveurs meurtrières, sans plus les fatiguer d’inutiles prières. Quoiqu’ils fissent pour moi, leur funeste bonté. Ne me saurait payer de ce qu’ils m’ont ôté.

Une jeune comédienne : Non Thésée. Il faut rompre un injuste silence. Il faut, à votre fils, rendre son innocence.

 

 

Media+: Ruy Blas à la Comédie-Française

Le journal télévisé consacre un sujet à Rachida Brakni au moment de son entrée à la Comédie-Française. La comédienne dévoile les secrets de sa carrière.
Archive INA, 10 décembre 2001.

Le présentateur : La Comédie-Française maintenant célèbre elle aussi le bicentenaire de la naissance de Victor Hugo. Pour ce faire, on y donne Ruy Blas l’un des plus beaux textes classiques. Et cette année, l’originalité c’est que le personnage de la reine est interprété par une jeune actrice d’origine algérienne, Rachida Brakni, beaucoup, beaucoup de talent, une future Isabelle Adjani dit-on. Portrait : Sophie Jouve, Bernard Puissesseau.

Rachida Brakni, 24 ans, cheveux longs bruns et bouclés, se promène dans la cour de la Comédie-Française.

Commentaire reportage : Dans ces boules de cristal, elle contemple son avenir avec d’autant plus de tranquillité que la Comédie-Française s’y reflète. A 24 ans, Rachida Brakni entre par la grande porte dans l’illustre maison. Curieuse, mutine, mais nullement impressionnée. Enfant dans sa cité de Savigny-sur-Orge, elle rêvait pourtant d’être avocate.

Rachida Brakni : Je connaissais pas Molière, je connaissais pas enfin tous tous tous ces auteurs-là. Et… euh… j’ai vraiment… j’ai vraiment découvert le théâtre à travers les textes et c’est ça qui m’a donné envie d’en faire.

Commentaire reportage : Alors, tout juste sortie du conservatoire, elle mène sa carrière à vive allure. Après Téchiné, elle explose dans Chaos de Coline Serreau dans la peau d’une prostituée qui veut s’en sortir. Quelques mois plus tard, dansRuy Blas, elle est reine d’Espagne.

Extrait de la pièce de Victor Hugo : « Ver de terre amoureux d’une étoile, qui pour vous donnera son âme s’il le faut et qui se meurt en bas quand vous brillez en haut. »

Rachida Brakni : De passer d’une condition sociale à une autre, deux femmes complètement différentes, c’est ça qui est euh qui est excitant, quoi de jouer des choses complètement différentes d’une fois… d’une fois à l’autre.

Rachida Brakni est assise sur un canapé de velours rouge à côté de Brigitte Jaques, metteur en scène, dans une salle décorée de portraits de grands dramaturges classiques. 

Commentaire reportage : Sous le regard de quelques auteurs qu’elle admire, la comédienne savoure le cadeau que lui a fait Brigitte Jaques qui la met en scène. Un grand rôle qui sonne comme une belle promesse pour les acteurs issus de l’immigration et pour la famille de Rachida, c’est le bonheur tout simplement.

Rachida Brakni : Elle est heureuse, elle est… euh… vraiment heureuse parce que euh… qu’ils trouvent que c’est une belle maison et que le texte… le texte leur a énormément plu, ils sont… ils sont très très fiers.

Commentaire reportage : Fière de ses origines, sans les brandir comme un étendard, Rachida Brakni symbolise désormais la jeune première d’aujourd’hui.

Atelier : Bonjour !(niveau débutant)

Atelier : Rendez-vous au théâtre(niveau élémentaire)

 

 

LE QUÉBEC A PARIS

Quand Nadine a le mal du pays, elle file au Centre culturel canadien où elle retrouve ses racines avec le fondateur d’une compagnie théâtrale franco-québécoise…

Le drapeau canadien est suspendu à l’une des fenêtres du Centre culturel.

La voix de Nadine : J’ai rendez-vous au Centre culturel canadien avec Sylvain Savard, le fondateur d’la compagnie franco-québécoise Bafduska Théâtre. On va bientôt partir en tournée ensemble avec un spectacle.

Sylvain Savard, cheveux légèrement grisonnants, retrouve d’un pas alerte Nadine au Centre culturel canadien.

Sylvain Savard : Salut.

Nadine : Salut ! ça va ?

Ils se font la bise.

Sylvain Savard : Ouais. Et toi ?

Nadine : Ouais !

Nadine et Sylvain Savard se déplacent dans différentes salles. Ils chantent.

Ensemble : C’était un p’tit bonheur, que j’avais ramassé
Il était tout en pleurs, sur le bord d’un fossé.

Rires.

Sylvain Savard : Oh ça fait vraiment les vieux là ! Bon.

Dans la bibliothèque ils feuillettent des livres, assis à une table.

Nadine : En parlant de spectacle hum…

Sylvain Savard : Ouais ?

Nadine : Le nôtre Peau d’âMe donc ?

Extrait du spectacle : dans une ambiance tamisée, éclairage bleu nuit et rouge sang, Nadine et Sylvain sont assis face au public autour d’une table ronde éclairée par quelques bougies.

Sylvain Savard : Écoute ça s’organise assez ben. Là euh, on va jouer au mois de, au mois d’juin hein ?

Nadine : Ouais, moi j’y vais avant.

Sylvain Savard : Toi tu y vas avant.

Nadine : Ouais.

Sylvain Savard : Donc c’est bon, mais comme on n’a pas besoin de trop répéter.

Nadine : Un spectacle qui roule.

Sylvain Savard : Oui voilà on l’a déjà fait.

Nadine : Ouais.

Extrait du spectacle : les deux acteurs se font face. Leurs visages sont tout près de se toucher.

Sylvain Savard : Excusez-moi Mademoiselle, ça serait pas votre mouchoir par hasard ?

Nadine : Pardon ? Oh oui, merci.

Sylvain Savard : Est-ce que vous désirez du feu ?

Nadine : Non merci, j’fume pas.

Sylvain Savard : Eh, ça tombe ben, moi non plus !

Nadine : Est-ce que j’aurais pas une poussière dans l’œil ?

Sylvain Savard : Vous ? Comment vous pourriez avoir une poussière dans votre œil ? Ça prend pas la poussière des beaux yeux d’même.

Nadine : Est-ce que vous parlez comme ça à toutes les femmes ?

Sylvain Savard : Non.

Nadine : Ah bon…

Sylvain Savard : Qu’est-ce que vous diriez d’être la mère de mes enfants ?    

Nadine : Vous avez des enfants ?

Sylvain Savard : Non, je parlais de nos enfants !  

Nadine : Nos enfants ?

Ils rient.

 

Média + : L’Envol, café québécois

Au café L’Envol. Antoine, le patron accroche une ardoise à l’entrée du bar.

« Jusqu’à 21h

Pression blonde canadienne 50 cl…………………….5€

Pichet 1,5lt……………………………………………………. 14€

Mardi et mercredi toute la soirée ».

Nadine est accoudée au comptoir, devant une bière. Une carte du Québec, un portrait de Jacques Cartier, des plaques d’immatriculation québécoises et le drapeau de la « belle province » décorent l’intérieur.

Antoine : Ben écoute, j’t’ai dit, c’est un distinguo bien personnel euh, j’suis Québécois, j’suis pas Canadien.

A l’intérieur du bar, une ardoise des desserts

« Glace vanille au sirop d’érable…………………..6,90 €

Chantilly

Yaourt au sirop d’érable………………………………....5 € »

Antoine : Y a pas de drapeau canadien ici hein, y a aucun drapeau du Canada dans cet endroit. Ma nation c’est le Québec, c’est les Québécois.

Nadine : La belle province…

Antoine : C’est ma culture, c’est la francophonie, les gens ont le blasphème facile.

Nadine : Ah !

Antoine : Ouais pour ça, on conserve, d’ailleurs j’le conserve un peu quand je suis fâché, le blasphème est assez facile.

Nadine : Hum… moi aussi ! (rires)

Antoine : On, on va même jusqu’à conjuguer nos blasphèmes, c’qui est un art oratoire parce que…

Nadine : Conjuguer et…

Antoine : Ben oui parce que

Nadine : Et, ils deviennent aussi des qualificatifs.

Antoine : Euh oui (rires). Euh non mais c’est, c’est, l’art du blasphème est assez poussé chez nous.

Nadine : Ouais, oh oui l’art du blasphème, au Québec, c’est…

Antoine : Assez poussé.

Nadine : C’est assez poussé, ça veut tout dire.

Antoine : On dit souvent euh, on utilise « criss » pour dire euh bon côté neigeux, alors euh, on va dire « j’va t’crisser une claque », tu vois, donc euh…

Nadine : J’vais t’foutre une baffe, « j’va t’crisser une claque ».

Antoine : Donc ça veut dire euh… C’est plus fort que foutre une baffe, c’est (rires) parce que là t’es vraiment fâché dans c’cas là.

Nadine : Mais alors Antoine, ta bière est « crissement » bonne !

 

Media+ : Le Centre culturel canadien

Simone Suchet, une femme d’une cinquantaine d’années, cheveux courts et gris, est la directrice adjointe du Centre culturel canadien.

Simone Suchet : Ben, je dirais globalement que pendant ces quarante ans le Centre culturel a été… très actif, plutôt très actif, bon évidemment euh avec des périodes plus actives, plus dynamiques que d’autres. Mais je crois malgré tout que le Centre culturel a, a, a souvent donné euh la chance à des artistes débutants euh, et y compris des artistes qui maintenant sont très très connus euh. Lepage est venu ici, euh… Cronenberg est même passé ici euh à l’époque où il était pas du tout connu euh…  euh… enfin et, et plein d’autres, donc je crois que ça a été vraiment, oui ça a été la vitrine culturelle euh canadienne euh en France, et ça l’est encore. Pour les artistes francophones du Canada, donc essentiellement québécois, mais pas seulement puisqu’il y a quand même une, une francophonie hors Québec, euh au Manitoba, au Nouveau Brunswick, bon évidemment où les communautés sont moins importantes mais elles existent. Mais je dirais que pas seulement pour les art- les chanteurs, mais pour tous les artistes, la France, la Suisse, la Belgique, la francophonie sont des… des… des lieux d’expansion obligés, le… le Québec est trop petit, pas du tout en termes de superficie, parce que, au contraire, il est là, il est très très vaste, mais en termes de population, et il est bien évident que les artistes francophones euh euh du Canada ne pourraient pas survivre s’ils ne trouvaient pas de… de… de débouchés dans la francophonie, ça c’est, c’est assez évident, oui. Je pense que parfois les Québécois, enfin les, les, les Canadiens de façon générale se font peut-être des illusions, c’est-à-dire qu’ils s’imaginent que voilà ils vont arriver en France et ça va euh, ça va marcher, or, ça ne marche pas, c’est très difficile, le marché français est très difficile à percer, et pour un artiste qui réussit, ben y en a plein qui échouent, ou qui à tout le moins échouent, réussissent, plus exactement de façon modeste. Bon y a les p’tits clichés qui parfois euh agacent les Québécois, et je peux les comprendre parce que même moi ça m’agace, euh, c’est par exemple « Oh ! Vous avez, votre accent est tellement charmant, oh ! Comme c’est sympathique », et cætera et cætera euh, oui, bon, ils ont, euh les Québécois ont un accent mais comme euh le dit euh Jean-Benoît Nadeau euh, un journaliste euh Québécois euh, a écrit un livre il y a quelques années euh, qui s’appelait Même les Français ont un accent, et c’est vrai, même les Français ont un accent ! 

Atelier : Question d'amour(niveau moyen)

Atelier : Au Centre culturel canadien(niveau élémentaire)

Atelier : Pas facile, la vie d'artiste(niveau avancé)

 

SES BRASSERIE PRÉFÉRÉES

En arrivant en France, Nadine rêvait devant les vitrines lumineuses des brasseries parisiennes. Aujourd’hui, elle vous donne rendez-vous dans trois de ces lieux prestigieux…

Un panneau fixé sur un immeuble du VIe arrondissement indique : « Place Saint-Germain-des-Prés ».

La voix de Nadine : Tout d’abord, le quartier existentialiste de Saint-Germain-des-Prés, mais où aller ? Direction le Café de Flore sur le boulevard Saint-Germain.

Nadine a pris place sur une banquette au Café de Flore. Elle consulte la carte. Un serveur passe une commande: « Trois crèmes, un thé ».

La voix de Nadine : J’mangerais bien une assiette de fromage avec un bon verre de vin rouge. Vous m’accompagnez ?

Le serveur présente une bouteille de vin à Nadine qui hoche la tête.

Le serveur : Ça vous convient ?

Nadine : Hum hum.

Il sert à Nadine une assiette avec trois belles parts de fromage.

Le serveur : Vous avez du Roquefort, du Brie de Meaux et du Saint-Marcellin.

Nadine : D’accord !

Le serveur : Profitez de suite, bon appétit !

Un autre garçon de café passe une commande : « Un express s’il vous plait ! ». Nadine a terminé sa dégustation.

Nadine : On change d’endroit ? Rien de plus facile !

Comme l’héroïne de la série télévisée Ma Sorcière bien aimée, Nadine remue le bout de son nez, claque des doigts et disparaît avec le bruitage emprunté au film culte.

La voix de Nadine : Comme j’adore l’Art Déco, allons à la brasserie de La Coupole, sur le boulevard Montparnasse, fréquenté par les grands artistes pendant les années 30. Allons manger avec les fantômes de Jean Cocteau, Chaïm Soutine, Marc Chagall, et Pablo Picasso. J’ai très envie d’un dessert flambé !

Nadine réapparaît assise à une table. Un serveur verse du Grand Marnier flambé sur une omelette norvégienne avant de la servir à Nadine.

Nadine : Donc c’est le Grand Marnier ?       

Le serveur : Absolument !

Nadine : On part ailleurs ?

À nouveau, Nadine remue le bout de son nez, claque des doigts et disparaît.

La voix de Nadine : Au nord de Paris, le Wepler est la plus renommée des brasseries huîtrières. Se retrouvent ici les écrivains qui rêvent de recevoir le prix Wepler, décerné au roman le plus audacieux et le plus érudit.

Nadine se retrouve assise à une table du Wepler.

Nadine : Je rêve d’un plateau de fruits de mer bien frais !

Le serveur lui en sert un.

Le serveur : Eh ben voilà !

Nadine : Ouah !

Le serveur : Pour une personne. Vous voyez, donc euh  voilà donc vous avez les huîtres là, là vous avez les palourdes, amandes ici, là c’est une praire, la langoustine, vous avez  reconnu la crevette là qu’est cachée, crevette grise et tourteau. Voilà, bon appétit !

Nadine : Merci !

Nadine a fini sa dégustation. Elle sourit, accoudée sur la table, le visage posé dans sa main.

 

Atelier : Restos à la carte(niveau débutant)

Atelier : À table !(niveau élémentaire)

Atelier : Prendrez-vous du fromage ?(niveau débutant)

 

LES ORS DE LA RÉPUBLIQUE

Nadine pénètre dans le cœur de la capitale : l’Hôtel de Ville où ne cesse de battre l’esprit républicain.
Elle est accueillie par Christophe Girard, l’adjoint au Maire de Paris chargé de la Culture.

Intérieur de l’Hôtel de Ville de Paris. En bas du monumental escalier en marbre recouvert d’un tapis rouge, Nadine et Christophe Girard se serrent la main. Ils montent l’escalier.

Nadine : Bonjour

Christophe Girard : Comment ça va ?

Nadine : Très bien et vous ?

Christophe Girard : Bien arrivée ?

Nadine : Ouais, merci beaucoup !

Christophe Girard : Voilà, donc là vous êtes dans le bel escalier euh qui a brûlé en 1871, dont on en fête en c’moment le cent quarantième anniversaire, l’anniversaire de la Commune.

Nadine et Christophe Girard passent dans la salle des Fêtes. Du plafond orné de peintures pendent de grands lustres en cristal. Ils avancent côte à côte dans un salon d’apparat.

Nadine : C’est quand même un beau bureau que vous avez !

Christophe Girard : Oui, c’est un, c’est un, c’est un p’tit bureau !

Nadine : Christophe Girard, vous êtes monté à Paris ?

Christophe Girard : Oui !

Nadine : Y a combien d’temps ?

Christophe Girard : C’est vrai qu’« monter » c’est le verbe qu’on utilise, c’était juste après mon bac, j’avais 17 ans, j’avais passé mon bac à Angers, au lycée David d’Angers, un grand lycée public de l’ouest de la France, et… j’m’étais inscrit aux Langues orientales, à Paris donc, à, à Dauphine ; et là voilà, on arrive, on monte, c’est l’rêve, on quitte sa province, on quitte sa famille… Pis Paris c’est la ville des artistes, la ville des peintres, la ville des écrivains, la ville des musiciens, la ville du métissage aussi donc euh, c’est l’accession au rêve absolu, j’pense.

Nadine : Votre lieu de prédilection à Paris ?

Christophe Girard : Étrangement, peut-être que les lieux que j’aime le plus, sont les gares. Paris a des gares magnifiques : je pense à la Gare de l’Est, je pense à la Gare de Lyon. Malheureusement la Gare Montparnasse a été euh un peu massacrée, mais c’est une gare importante puisque c’est la gare qui m’ramène vers l’Anjou…

Nadine : Ouais…

Christophe Girard : … et vers l’ouest. Mais je trouve ces lieux, qui sont des lieux d’accueil, d’arrivée et d’départ, euh disséminés dans la capitale donnent bien l’idée de la vie et du mouvement. Alors la Gare de l’Est si je l’aime tant, c’est que c’est la gare où euh en effet euh Rimbaud, le jeune Rimbaud était arrivé puisqu’il venait de Charleville Mézières. Patti Smith m’a raconté qu’elle a fait le voyage de la Gare de l’Est pour aller à Charleville Mézières sur la tombe de Rimbaud puisqu’elle a fait de la musique et des chansons autour de, de Rimbaud, et voilà donc j’trouve qu’ces gares évoquent des gens qui viennent aussi tenter l’aventure, qui arrivent avec leurs petits sacs, leurs petites valises, découvrir la capitale, chercher du travail… C’est donc des lieux qu’j’aime parce que ce sont des lieux de rencontre, des lieux d’la chance aussi, et des lieux d’rêve, et ça va bien avec cet hôtel de ville, qu’est la maison de tous les parisiens mais de tous les citoyens. Et nos cousins québécois sont chez eux ici, eux qui aiment tellement la langue française, et qui la défendent si bien.

 

Media+ : La Mairie de Paris et les Parisiens

Découvrez les institutions politiques françaises avec Christophe Girard, adjoint au Maire de Paris chargé de la Culture.
TV5MONDE, 2011.

Christophe Girard : L’hôtel de ville où nous sommes, c’est là où le maire et son exécutif travaillent et siègent. Il y a une salle qui est un peu comme l’assemblée nationale en plus petit puisque nous sommes 163 à siéger, qui s’appelle le conseil de Paris. Et les conseillères et les conseillers qui siègent donc une fois par mois pendant deux jours, parfois une nuit aussi, sont issus des arrondissements. Les vingt arrondissements ont, au prorata du nombre d’habitants, au minimum 13 conseillers d’arrondissement, avec un maire ou une maire dans chaque arrondissement et ensuite fournissent si je puis dire, 3 conseillers de Paris quand il s’agit d’un conseil municipal de 13 membres, et évidemment beaucoup plus quand on parle du XVIIIe, du XIXe, ou du XVe qui sont de très grands arrondissements. Et ces 163 donc réunis, il y a une majorité, aujourd’hui c’est la majorité de Bertrand Delanoë, composée majoritairement des socialistes et radicaux, des verts et des communistes… et du front de gauche. Et face à nous, il y a l’UMP qui est donc minoritaire, qui est l’opposition, le Nouveau centre et un Modem. Et donc c’est dans cette enceinte, dans ce conseil de Paris, dans cet hémicycle, même si ça n’a pas la forme d’un hémicycle que nous délibérons, que nous débattons, que nous votons, le budget, les moyens, la politique de déplacement, la politique culturelle, les écoles, les maternelles, les crèches… Mais Paris est également un département de la région Île-de-France. Donc nous avons à la fois les responsabilités de ville, capitale aussi, et de département, c’est-à-dire donc évidemment les collèges et ensuite la région, elle, a les lycées. Paris est une ville insoumise, elle a beau être la capitale de la France. Même si dans la Constitution, il n’est pas écrit Paris en toutes lettres. Ça veut dire que Paris a ce statut très particulier, que c’est une ville finalement assez indépendante. Certes, le président de la République y siège et y vit, le Parlement, l’Assemblée nationale, le Sénat, le Gouvernement, mais Paris reste une sorte de d’île et un peu d’état dans l’état, mais de façon très, très coopérative et respectueuse des institutions. Mais les Parisiens, je crois, sont très attachés à leur indépendance. Donc finalement la Commune, ce n’est qu’un rappel d’il y a 140 ans que c’est à Paris que les choses se décident et que les Parisiens ne se font pas dicter la loi. Ils sont donc très attachés à leur maire et au pouvoir de leur maire, de leur maire d’arrondissement, de leur mairie d’arrondissement et de leurs élus.

 

Media+: La Commune

La Commune de Paris revit ! Découvrez « les communards » d’aujourd’hui.
Archive INA, 19 mars 1997
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Un homme chante : « Et gare à la revanche, quand tous les pauvres s’y mettront, quand tous les pauvres s’y mettront… »

Commentaire reportage : Il y a très exactement 126 ans débutait l’aventure de la Commune de Paris. Un anniversaire célébré chaque année par une poignée de fidèles, car c’est le 18 mars 1871 que tout a commencé.

Un manifestant :Le 18 mars 71, c’est le moment où euh… Thiers a voulu reprendre les canons dont…  qui avaient été mis de côté par les Parisiens, les Parisiens ne voulant pas que… qu’ils soient repris et livrés aux Allemands…

Commentaire reportage : Suivra une répression sanglante, le combat entre communards et Versaillais feront près de 30 mille morts.L’aventure de la Commune va durer à peine 3 mois. Pendant ces 3 mois, un vent de liberté souffle sur Paris, le vent de l’égalité pour tous, de l’école laïque ou encore du droit des femmes.

Un manifestant : La Commune est d’une actualité telle, que moi qui travaille sur la Commune tout le temps, je m’aperçois chaque jour qu’elle est encore plus actuelle, que toutes les préoccupations des communards sont les nôtres.

Un jeune manifestant : C’est célébrer la démocratie, des acquis sociaux et surtout la justice pour tout le monde.

Une manifestante : Je pense qu’il faut avoir l’esprit de la Commune, il faut lutter.

Commentaire reportage : Et pour lutter, il faut bien sûr des barricades. Faute de pavé, on se débrouille avec les moyens du bord sous l’œil pacifique de la police, il paraît que le temps change.

Un manifestant : On monte une barricade et on fait la révolution. 

Commentaire reportage :En attendant, vous pouvez voir une exposition qui retrace l’histoire de la Commune. C’est à la mairie du Xe arrondissement, en attendant la Révolution et les grands soirs qui chantent.

Son direct : « C’est la lutte finale, groupons-nous, et demain, l’Internationale … »

Atelier : Direction la capitale !(niveau débutant)

Atelier : Attention au départ…(niveau débutant)

Atelier :Paris à tout prix(niveau avancé)

 

LA RÉVOLUTION Yves SAINT LAURENT

Nadine aime la mode. Et la mode aime Nadine !
Pour elle, l’élégance française porte trois initiales : YSL, Yves Saint Laurent. 
Retrouvez-la à la Fondation du grand couturier pour une promenade dans l’univers YSL. 

A l’entrée de la Fondation Pierre Bergé/Yves Saint Laurent, une affiche signale l’exposition dédiée au grand couturier : « Saint Laurent Rive Gauche : La révolution de la mode ». A l’intérieur, des vêtements sont présentés sur des mannequins aux couleurs vives. Deux jeunes femmes consultent des papiers et une autre mesure la manche d’une robe.

La voix d’Yves Saint Laurent : Je pense que la haute couture a une vie tout à fait à part et autonome. C’qui est démodé dans la haute couture, c’est tout le système c'est-à-dire, le système de présentation, le système de… des clientes qui viennent commander leur robe, tout ça. Tout ça fait démodé et les gens ont, ont cette optique-là : la cliente… privilégiée. Mais, je ne pense pas que ce soit, ce soit cela qui soit important dans la haute couture. C’est pour cela que j’ai fait d’ailleurs une boutique, pour pouvoir euh ne plus être simplement un grand couturier.

Nadine est accueillie par Loulou de la Falaise, amie et égérie d’Yves Saint Laurent. Les deux femmes discutent au milieu des robes et des costumes de l’exposition.

Nadine : En quoi Yves Saint Laurent a-t-il donné le pouvoir à la femme ?

Loulou de la Falaise : Je pense que, Yves Saint Laurent admirait beaucoup les femmes et l’idée de faire du prêt-à-porter était pour que toutes les femmes puissent s’habiller avec des beaux vêtements sans devoir dépenser des fortunes. Et aussi, il s'est basé beaucoup sur la garde-robe d’un homme – il le dit dans plein d’interviews d’ailleurs –, que il avait remarqué que les hommes avaient plus confiance en eux que les femmes. Il a donné aux femmes ce pouvoir en allant puiser dans la garde-robe masculine mais en la féminisant.

Nadine est debout, les bras croisés, le visage sérieux, avec les mêmes lunettes que le grand couturier. Elle prend la pose d’Yves Saint Laurent, représenté en pied sur un tableau derrière elle.

Loulou de la Falaise : Donc la femme était super féminine mais avait le pouvoir, se sentait aussi confiante en elle qu’un homme parce que c’était à l’époque où les femmes commençaient, heureusement, à avoir des grands rôles euh... En plus, ça avait la même facilité que de s’habiller comme un homme qui ne doit pas réfléchir très longtemps le matin pour s’habiller. Aussi, quand vous avez une veste très bien coupée ou un jump suit en jersey très bien coupé, et bien vous zippez et…

Nadine : Quelles sont vos pièces fétiches de la collection d’Yves Saint Laurent ? Pour vous est-ce qu’il y a une image en particulier, un vêtement ?

Loulou de la Falaise : Vous savez moi j’ai travaillé avec Yves Saint Laurent très longtemps donc j’ai cru à chaque collection. Donc c’est assez difficile pour moi de, d’extirper des choses. Mais, les pièces… c’que je trouve extraordinaire c’est qu’on peut mettre la plupart de ces vêtements demain, vous, ma fille… J’ai beaucoup beaucoup de pièces fétiches les les les les cabans, les trenchs, les bottes lacées, qui sont avec les jeans, euh, les talons compensés, qu’on voit là. Euh, toutes les tenues qui sont un peu, qui sont androgynes c’qui est un peu masculin mais qui est quand même très féminin comme ce smoking qui est là-bas, qui est tellement mince et sexy comme ça. Sans être évidemment « poule ».

Nadine : La classe !

Rires.

Loulou de la Falaise : La classe.

Rires.

 

Media+ : Défilé de 40 ans de création YSL

La carrière d’Yves Saint Laurent revisitée : défilés et interviews.
Archive INA, 22 juillet 1998.

Commentaire reportage : Qu’a-t-on encore à prouver quand on s’appelle Yves Saint-Laurent, que l’on est vénéré depuis 40 ans. Comment émouvoir après tant d’années, comment surprendre dans ce milieu où la poudre aux yeux est souvent plus aguicheuse que l’extrême pureté. Yves Saint Laurent a aujourd’hui repris un à un tous les mots de son vocabulaire personnel. Un à un il a égrainé le smoking, la blouse transparente, la petite robe noire.

L’essence même de son style s’affirmait déjà dans ce défilé. Le long jeune homme timide s’était fait un nom en succédant à Dior, il s’exposait ici pour la deuxième fois sous sa propre griffe. Edmonde Charles-Roux, à l’époque rédactrice en chef du magazine Vogue, était déjà une fidèle.

Edmonde Charles-Roux : C’est son style à lui et qu’à lui, et qui n’a jamais cessé de l’épurer. Et c’est une recherche tellement rare… Vous voyez plutôt des couturiers qui en rajoutent. Lui il s’inspire, il prend des idées, mais il en fait des idées Saint-Laurent.

Commentaire reportage : Dans la salle, pour la première fois invité, Jean-Paul Gautier.

Dans le public, le grand couturier Jean-Paul Gaultier applaudit.

Commentaire reportage : Un trublion, un exubérant pense-t-on, qui a pourtant toujours désigné Saint Laurent comme son maître. Depuis des années il rêvait d’être là, rencontre de deux  générations, de deux couturiers d’exception.

Jean-Paul Gaultier : Le disciple a vu le maître, j’étais très ému et vraiment, je sais pas s’il l’a ressentie, la réelle émotion que j’avais en le voyant. Voilà… Vraiment c’est vrai, depuis que je suis gamin, je… je… je… j’ai vu ces splendeurs qui m’ont fait rêver et tout… et là je vois en vrai une collection entière, bon ben pour moi c’est un moment important...

Catherine Deneuve : Là j’ai l’impression quand que… avec cette collection et ce quarantième anniversaire c’était un feu d’artifice extraordinaire quand même. J’ai rarement vu autant de robes du soir aussi sublimes dans une collection.

Commentaire reportage : Pas de broderie, pratiquement pas de couleur, simplement l’essentiel comme un trait de crayon. Cette collection ressemblait à une ultime révérence, l’aboutissement d’une carrière…

Yves Saint Laurent : Ma vie sans collection… ce n’est pas ma vie… Ma vie c’est les robes.

Commentaire reportage : On murmure qu’Yves Mathieu Saint Laurent pourrait se retirer. Saura-t-il vivre sans la couture et surtout, la couture saura-t-elle vivre sans lui ?

Atelier : Il était une fois la mode(niveau élémentaire)

 

LES LUMIÈRES DE LA VILLE

Nadine désire vous faire partager le Paris qu’elle aime. Du Moulin rouge à l’Opéra, du Louvre à la tour Eiffel, son regard dessine les lumières de la ville et décide de l’extinction des feux.

Fond sonore : Natural Highde Vanessa Paradis. Il fait nuit. Nadine, pensive, parcourt différents lieux de Paris : le Moulin Rouge, le Sacré- Cœur, l’opéra Garnier. La tour Eiffel illuminée. Nadine passe devant la Pyramide du Louvre, dans la cour Napoléon du Musée du Louvre, puis devant la statue équestre de Louis XIV. Elle marche sur les quais de Seine, à la hauteur du pont des Arts. Rêveuse, elle se penche à la vitre arrière d’une voiture qui roule sur le périphérique. Nadine achève sa promenade nocturne devant la tour Eiffel qui scintille. Elle claque des doigts et le scintillement cesse.

Nadine :Et voilà ! 

Atelier : Visitez Paris !(niveau débutant)